L'homme-forêt (cliquez sur le titre pour plus de détails)
L'Homme-forêt
Ce récit est librement inspiré de l’histoire réelle de Jadav Payeng qui, en Inde, a planté une forêt de ses mains.
Le corps sans vie des reptiles gisait luisant mais désincarné sur le banc de sable asséché.
Il s’est écroulé sur ce sol aride et l’a mouillé de ses larmes.
Il a pleuré.
Longtemps.
Abondamment.
Des larmes intarissables venues inonder sa terre orpheline dépouillée de toute végétation.
Même les serpents n’avaient pu résister à cette âpreté ambiante.
Dans la désolation du pays de ses ancêtres, il a compris ce jour-là que la nature la plus hostile s’effaçait elle-même devant l’avancée humaine. Des hommes qui consomment leur planète jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien. Plus qu’un tas de sable qui les rappellent à leur propre néant.
Alors, il a pris les serpents, a creusé un grand trou et les a recouverts de sable. Seule restait visible la tige fine et fragile du petit plant d’arbrisseau qu’il venait d’y planter et qui dépassait à peine du sol. Ses racines côtoyaient le corps inerte des reptiles.
Elles s’en nourriraient.
Un juste retour des choses.
Une première chaîne alimentaire dans cet îlot déserté par la vie. Un petit plant dans lequel il avait mis tout l’espoir qui lui restait pour sauver son banc de sable.
Les deux petites feuilles chétives frémissaient au vent et défiaient le soleil.
Et tout autour, le fleuve Brahmapoutre, impérieux, qui menaçait de ses crues. La petite île luttait, solitaire et éphémère alors qu’un tremblement de terre l’avait déjà déplacée. Elle se trouvait désormais à la merci des courants, cernée par trois puissants monstres des flots, rivières impétueuses.
Après avoir beaucoup pleuré, Jadav Payeng s’est rendu au ministère des Forêts pour leur demander de planter des arbres. A la sécheresse de ses terres a répondu la sécheresse du cœur des hommes.
Rien ne poussera ici. Tout au plus quelques bambous.
Jadav a pris son sac et l’a déposé sur son île.
A seize ans.
Loin de sa famille, loin de son école mais près de son cœur.
Il a planté des bambous.
Les uns après les autres, n’écoutant que son courage et ses rêves chimériques.
A l’aurore, chaque jour, il arrosait ses plants.
Au crépuscule, chaque jour, il les taillait.
Une fois terminé, Jadav s’allongeait au sol, sur le dos, tout contre la terre craquelée, le visage offert au soleil. Sous son corps lourd et solide, un faisceau toujours plus tenu de racines, radicelles et pivots venus se nourrir d’une terre hostile à laquelle ils offraient leurs ramifications en renfort, protection certaine contre l’érosion.
À force de patience, une forêt de bambous est née du soin, de la persévérance et du rêve.
Une année après.
Alors, Jadav a décidé de faire pousser des arbres. Des vrais.
Il a rapporté de petits plants et a creusé les trous à la force de ses mains.
Il y a plongé les racines, lovées dans leur terre d’accueil.
Il a rapporté des fourmis rouges et les y a déposées.
Les racines ont entrepris leur conquête des cavités souterraines, appuyées dans leur percée par les fourmis travailleuses, laborieuses architectes venues distribuer l’espace sous-jacent et réguler les ressources organiques et hydriques.
Jadav a subi leurs morsures. Un peu… Quelquefois…
Mais par l’action conjuguée de la force végétale et animale, la Nature a repris ses droits et a elle-même recréé la chaîne alimentaire.
Trente années d’espoir et d’amour conjugués.
Les arbres ont appelé les fleurs et l’herbe.
L’herbe a appelé les daims et le bétail.
Le tigre royal et les vautours sont eux-mêmes revenus sur cette terre désormais protectrice.
Et tout en haut, un homme. Un seul. Jadav.
L’homme qui, depuis 35 ans, a compris que si les humains pouvaient chasser, détruire et dévaster,
Si les humains constituaient la plus grand menace sur Terre,
Si les humains étaient les seuls vrais monstres de la Nature,
Prêts à détruire une forêt ou l’écosystème tout entier pour faire fructifier l’argent,
Les humains étaient aussi les seuls à pouvoir inverser la tendance.
"Tout le monde savait que c’était impossible. Puis un jour est venu un homme qui ne le savait pas. Et il l’a fait".
Winston Churchill
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Commentaires (4)

- 1. | 29/02/2016
- | 10/03/2016
- 2. | 05/09/2015
- | 13/11/2015
Magnifique site.
Merci pour cette ballade agréable.
Karine au carrefour des rêves.